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Les causes cachées des conflits de couple

LES CAUSES CACHEES, PROFONDES, DES CONFLITS DE COUPLE :

 

LE POIDS DU PASSE DE CHAQUE CONJOINT

 

 

 

 

© Jacques et Claire Poujol, Conseillers Conjugaux et Familiaux. Pages extraites de leur livre «Vivre heureux en couple, comprendre et gérer les conflits de la vie quotidienne», Empreinte Temps Présent, 1999. Disponible sur le site de la librairie 7ici: http://www.librairie-7ici.com ou par mail 7ici@wanadoo.fr.

 

 

 

Ces causes profondes représentent la plus grande part (environ les 6/7) de l’iceberg des conflits dans un couple. Mais, justement parce qu’elles sont cachées, en prendre conscience ne se fait souvent que lors d’un travail sur soi, avec l’aide d’un psychothérapeute.

 

 

Cependant, si nous les évoquons, c’est pour fournir des pistes pour la réflexion personnelle, et favoriser éventuellement un désir de commencer un travail sur soi.

 

 

Tout ce que le mari et la femme ont vécu, ressenti, subi, vu, pensé depuis leur naissance demeure emmagasiné dans leur inconscient et dans leur conscient et peut resurgir à un moment ou à un autre. Même si ces choses ne refont pas surface, elles agissent puissamment sur leurs comportements. Mais ils se rendent peu compte à quel point il leur arrive de réagir, dans une situation donnée, de façon étrange et excessive.

 

 

Un couple arrive chez un conseiller conjugal avec des visages consternés. La femme lui dit: «Nous venions de passer une soirée très sympathique avec des amis. Après leur départ, désireuse d’un rapprochement avec mon mari, je lui chuchote tendrement: ‘Tu ne m’aimes plus ?’ Et le voilà parti dans une colère telle qu’il m’a fallu trois jours pour m’en remettre ! »

 

 

Le mari, interrogé sur cette réaction excessivement violente, répond après un moment de silence: «Vous comprenez, quand j’ai entendu ces mots ‘Tu ne m’aimes plus ?’, ça m’a tout à coup ramené à l’âge de quatre ou cinq ans, quand j’avais fait une sottise et que ma mère, très sévère, me disait: ‘Je ne t’aime plus, plus jamais !’ Je me sentais abandonné, perdu pour toujours. »

 

 

La façon dont cet homme a ressenti ces quelques mots de son épouse n’est pas en rapport avec leur réalité objective, car ils étaient prononcés sans méchanceté et plutôt avec tendresse. Il a vécu cette interrogation sur un registre de sensibilité excessive. Il a manifesté une colère disproportionnée à la question de sa femme. Ce type de réaction est de même nature que la frayeur panique en face de petits animaux. Quelqu’un qui en a peur dira: « C’est plus fort que moi, je ne peux pas me raisonner. »

 

 

Depuis Freud, nous savons que certaines circonstances de notre vie retentissent non seulement au niveau de notre conscient, mais surtout à celui de notre inconscient.

 

 

La situation que nous vivons réactive un conflit archaïque et obscur, de même espèce mais portant sur un autre objet, et qui à l’époque n’a pas été résolu mais enfoui. C’est alors la réaction émotionnelle la plus primitive et la plus intense qui se produit, incontrôlée et incontrôlable de par son origine.

 

 

Dans un heurt entre deux partenaires, si l’un d’eux se conduit d’une manière étrange, c’est parce que, malgré les apparences, il ne parle pas réellement à l’autre, mais à telle ou telle personne qui a eu une importance primordiale pour lui dans son passé. Il y a une relation cachée entre la conversation actuelle et ce conflit archaïque qui a été enfoui profondément et qui resurgit soudainement. Un couple a donc intérêt à prendre conscience des diverses manières dont le passé de chacun interfère dans leur vie quotidienne.

 

 

Beaucoup de couples vont mal tout simplement parce que les époux auraient besoin d’une guérison intérieure. Ils gardent en leur cœur des points de vie très personnels, des souffrances émotionnelles, psychiques, morales, des faits douloureux, dont ils ont un souvenir conscient ou qui ont été refoulés dans l’inconscient, et cela occasionne des difficultés relationnelles entre eux. Ils s’accusent, se critiquent, s’agressent, sont colériques, amers.

 

 

Le couple ayant une dimension thérapeutique, guérissante, il est normal que les événements pénibles du passé resurgissent. Les époux devraient donc consulter leur mémoire: quels traumatismes n’ont pas été guéris et les font réagir de la sorte ? Les blessures les plus profondes et les plus douloureuses remontent en général à l’enfance et ont souvent été causées par des proches, les parents, les frères et sœurs, à l’école, etc.

 

 

Le poète William Wordsworth avait raison d’écrire que « l’enfant est le père de l’homme ». Vous avez été un enfant, et cet enfant continue d’exister en vous. Votre conjoint a été aussi un enfant, et cet enfant continue d’exister en lui.

 

 

Dans votre vie quotidienne ces deux enfants resurgissent et se manifestent avec une grande facilité ! Vous croyez être deux ? Erreur ! Vous êtes quatre en réalité, les deux adultes que vous êtes et les deux enfants que vous avez été ! Lorsque vous regardez votre mari, votre femme, n’oubliez pas de voir l’enfant qui vit en lui, en elle. Cet enfant a peut-être été, dans le passé, meurtri, blessé, effrayé, humilié, mal-aimé. Vous comprendrez mieux certains de ses comportements « incompréhensibles » si vous vous souvenez de cela.

 

 

Un psychiatre disait: « Je ferais mieux d’indiquer sur ma porte: pédopsychiatre. En effet en chaque client qui vient me voir, ce n’est pas l’adulte que je soigne, mais l’enfant qui est en lui. »

 

 

Ainsi, dès qu’un homme et une femme vivent ensemble, ils introduisent chacun leur problématique personnelle qui va conditionner l’avenir du lien amoureux.

 

 

Cette problématique s’articule en particulier autour de la relation du bébé avec la mère, du conflit œdipien, des schémas précoces d’inadaptation et des abus sexuels.

 

 

 

I.                   LA RELATION DU BEBE AVEC LA MERE

 

 

 

Pourquoi le couple est-il chargé de si fortes attentes (ce qui d’ailleurs le fragilise) ? Pourquoi beaucoup en espèrent-ils le nirvana sexuel et émotionnel, l’extase d’une fusion amoureuse sans faille ? Pourquoi attendons-nous de notre partenaire l’épanouissement personnel, l’accomplissement de nos rêves et de nos idéaux, le bonheur absolu, la symbiose parfaite ?

 

 

Mais pourquoi, aussi, changeons-nous si vite d’opinion au sujet de la personne qui partage notre vie, la considérant à un instant donné comme « totalement bonne » et, l’instant d’après, comme « totalement mauvaise » ?

 

 

Tout simplement parce que ce bonheur et cette symbiose, nous les avons déjà vécus une fois dans notre existence, dans le ventre de notre mère, mais que très vite nous avons été désillusionnés: la symbiose, la fusion totale, n’ont pas duré longtemps, neuf courts mois seulement. Dès notre venue au monde, notre mère nous a alternativement satisfait et frustré, et nous a semblé tour à tour « toute bonne » ou « toute mauvaise ».

 

 

 

A.                LA RELATION MERE/FŒTUS ET MERE/BEBE (JUSQU’A UN AN)

 

 

 

Pendant la vie intra-utérine, le fœtus vit une situation extraordinaire qui ne se reproduira jamais plus: sans même qu’il ait à exprimer ses besoins, quatre éléments à la fois réels et symboliques le comblent: le cordon ombilical lui permet d’expérimenter la relation, l’acceptation, le placenta le nourrit, il flotte en toute sécurité dans le liquide amniotique (ne dit-on pas « ça baigne » pour exprimer une entente parfaite ?). Enfin il satisfait son désir de plaisir auto-érotique en suçant, déjà, son pouce.

 

 

A la naissance, qui est, selon Otto Rank, un « traumatisme », il quitte pour toujours cette plénitude, ce paradis. Mais il va instaurer un lien privilégié avec sa mère, lien qui a passionné les psychanalystes. Il est entièrement dépendant de sa mère, au point que Winnicott a pu dire: « Un enfant seul, ça n’existe pas. »

 

 

Pour Freud, le bébé aime sa mère non pas comme étant distincte de lui, mais comme étant lui-même. Il n’aime en réalité que lui-même, c’est le narcissisme primaire.

 

 

Pour Michael Balint, l’amour que le tout-petit porte à sa mère est un amour primaire. Lorsqu’il vit les inévitables frustrations (la tétée tarde à venir ou bien elle ne le prend pas dans ses bras lorsqu’il le voudrait), naît le « défaut fondamental », qui restera en lui pour toujours. C’est comme la cicatrice que laisse la désillusion de la symbiose parfaite. Le bébé retourne son investissement sur lui-même, c’est le narcissisme. Et surtout il lui en restera une nostalgie qui le poussera à rechercher sans cesse la relation parfaite. Chacun de nous sait que cette relation parfaite (appelée unité-couple par R. Barande) existe, puisqu’il l’a vécue un jour. Il recherchera dans le couple la cicatrisation de cette désillusion de l’union parfaite.

 

 

L’originalité de Mélanie Klein, psychanalyste d’enfants, est d’avoir montré que la relation mère-enfant est imprégnée de tragique: le bébé ressent pour sa mère, très tôt et simultanément, de l’amour et de la haine. Il l’aime totalement (il lui sourit) quand elle le satisfait et la déteste aussi totalement l’instant d’après (il hurle de rage) quand elle le frustre, par exemple en lui retirant le sein et en le recouchant après la tétée.

 

 

–        l’amour

 

 

Le nourrisson expérimente une plénitude comblante où l’on retrouve trois éléments: la relation à une personne, le fait d’être nourri et la satisfaction érotique (succion du pouce). Cette plénitude est oubliée par sa mémoire consciente, mais définitivement inscrite dans son inconscient. Plus tard, il sera ainsi poussé à lier dans un même bonheur le plaisir et l’amour. A cause de cette expérience primitive, aucun être humain ne recherche le plaisir sans un partenaire.

 

 

R. Barande dit que notre personne comporte un creux, qui est la place de l’autre. Si cet autre n’est pas (ou plus) réel, il est rêvé. La masturbation, par exemple, dite « plaisir solitaire », est en réalité accompagnée de fantasmes de relation à un autre. Celui qui s’attable devant un repas gastronomique tout seul en ressent un certain malaise, un manque.

 

 

Si une personne dit: « Je n’aime pas » ou « Je n’aime plus », on peut se demander: « Qui aime-t-elle ? » Car forcément quelqu’un, ou quelque chose, remplit le creux, même si c’est un « autre » inconscient, irréel, idéalisé.

 

 

–        la haine

 

 

Les recherches de Mélanie Klein l’ont amenée à distinguer deux périodes dans la première année du tout-petit.

 

 

Jusqu’à trois ou quatre mois, le sein maternel (c’est-à-dire la mère, ou la personne qui s’occupe de lui), n’est pas reconnu par le nourrisson dans son unité, il est clivé, partagé en un bon sein et en un mauvais sein:

 

 

* Lorsqu’il apporte plaisir et amour, il est le « bon sein aimé », sur lequel le bébé projette les pulsions de vie qui sont en lui, sa libido.

 

 

* Lorsqu’il se refuse, ne satisfait pas et frustre, il est le « mauvais sein haï et persécuteur », sur lequel il projette son agressivité, tout ce qu’il sent en lui-même de mauvais et de dangereux pour son « bon moi ». Ayant ainsi mis en dehors de lui-même ce mauvais sein, il se donne la permission de le détester. Si l’enfant juge que ce sein est méchant, c’est parce que sa pulsion de mort lui donne la capacité d’imaginer la méchanceté.

 

 

En même temps qu’il clive (partage) le sein maternel, l’enfant se clive aussi lui-même en un bon moi et un mauvais moi.

 

 

* Il va s’efforcer de garder en lui, protéger, aimer, le bon moi contenant ce qui est bon, la pulsion de vie.

 

 

* Quant au mauvais moi, qui contient ses pulsions d’agression et de persécution, il le « projette » sur le sein de la mère et ainsi l’expulse. Ainsi il met en place un mécanisme de défense contre l’angoisse que son bon moi soit persécuté et anéanti.

 

 

En général, dans la vie d’un nourrisson, les bons moments de fusion, de plaisir, d’amour, sont plus fréquents que les mauvais, ce qui lui permet de comprendre peu à peu que sa propre pulsion de vie (son bon moi) est plus forte que sa pulsion de mort (son mauvais moi). Il deviendra ainsi apte à aimer et à s’aimer.

 

 

Le souvenir de ces mécanismes qui lui ont été utiles va rester dans son inconscient. Devenu enfant ou adulte, chaque situation nouvelle, difficile ou angoissante l’incitera à intérioriser un bon objet, et à repousser sur des mauvais objets, des boucs émissaires, ce qui ne lui plaît pas en lui, dans son couple ou dans son groupe.

 

 

 

Vers le quatrième mois et jusqu’à douze mois, une meilleure organisation des perceptions permet à au bébé de mieux se situer. Il appréhende sa mère dans sa totalité, en tant que personne distincte de lui, parfois présente et parfois absente, et qui a des relations avec d’autres que lui.

 

 

Il découvre que la mauvaise mère et la bonne mère ne font qu’une, que le sein qui le frustre est le même que celui qui le satisfait, que sa mère est tour à tour bonne et méchante. Cette ambivalence qu’il expérimente, en aimant sa mère et en la haïssant tout à la fois, en projetant sur elle aussi bien sa pulsion de mort que sa pulsion de vie, est génératrice de culpabilité. D’où le développement du désir de réparer les dommages qu’il lui crée dans ses fantasmes.

 

 

Cette mère, puis-je l’aimer pour ce qu’elle donne et la haïr pour ce qu’elle refuse ? Suis-je normal de ressentir pour elle deux sentiments aussi opposés que l’amour et la haine ? (Cette culpabilité inconsciente sera réactivée au moment de l’Œdipe, quand la mère sera l’objet désiré mais interdit.)

 

 

Si la mère reste nourricière et continue à donner la même qualité de soins au bébé, celui-ci sera sécurisé par ses paroles, ses retours fréquents et bienfaisants vers lui. Il verra qu’elle n’a pas été détruite par son agressivité: celle-ci n’est pas mauvaise, il peut l’exprimer. Enfant puis adolescent, il devra apprendre qu’il peut exister en dehors de sa mère, sans que celle-ci cesse d’exister.

 

 

Cette culpabilité qui est l’expression d’une ambivalence affective doit être considérée comme un élément normal de la personnalité. Si elle est bien gérée par la mère (elle continue à s’occuper du bébé même s’il hurle et trépigne de rage), elle va le construire. Si elle est mal gérée (la mère ne réapparaît pas, elle donne des soins insuffisants et de manière irrégulière), elle risque de le détruire.

 

 

 

B.                L’IMPORTANCE DE LA RELATION PRECOCE MERE/BEBE DANS LA VIE CONJUGALE

 

 

 

Renée Marti, psychologue clinicienne et psychothérapeute de couple, écrit:

 

 

« Prototype de toute relation, celle du bébé à sa mère éclaire ce que nous savons de la relation amoureuse. Cette relation est non seulement la première dans le temps, mais aussi primordiale par son intensité et son aspect total. Elle va tracer dans le psychisme de l’être humain un sillage qui ne s’effacera plus. Première, cette relation le restera dans nos fantasmes. Les mécanismes qu’elle aura mis en place ne cesseront de fonctionner. »

 

 

Effectivement, nous revivons (inconsciemment) avec notre conjoint la relation primitive avec celle qui nous a donné la vie.

 

 

Le premier intérêt d’étudier cette relation est qu’elle explique le mélange d’amour et de haine que les partenaires éprouvent l’un pour l’autre.

 

 

Mélanie Klein affirme qu’à cause du lien précoce avec sa mère, tout être humain garde dans son inconscient à la fois le désir de faire du mal à l’être aimé et la peur de lui nuire. Nous ressentons vis-à-vis de celui-ci la même ambivalence amour/haine que nous éprouvions vis-à-vis de notre mère. Si c’est la peur qui domine, tout attachement sera impossible, comme c’est le cas pour les « don Juan » pour qui aimer durablement serait risquer de détruire la mère, détruire l’être aimé.

 

 

Il nous faut accepter et intégrer cette ambivalence amour/haine. Si nous n’admettons pas notre pulsion d’agressivité et de mort, nous ne pouvons pas vivre non plus notre pulsion d’amour et de vie. Mais si nous trouvons le compromis entre la sexualité agressive, dangereuse, et celle qui rend heureux, soigne et guérit, nous trouvons notre équilibre amoureux et affectif.

 

 

Pourquoi n’admettons-nous pas nos pulsions agressives ? Pour Freud, c’est parce que nous les refoulons. Il avait déjà perçu ce lien constitutionnel entre l’amour et la haine: « Toute relation affective intime entre deux personnes (…) laisse un dépôt de sentiments hostiles (…) dont on ne peut se débarrasser que par le refoulement. »

 

 

Or si notre Surmoi (l’instance morale en nous) nous fait refouler les fantasmes de haine envers notre conjoint, par crainte de culpabiliser, cela peut conduire à nous interdire tout fantasme, donc aussi celui de l’amour. On ne peut se laisser aller à aimer si on s’interdit de haïr.

 

 

C’est pourquoi consulter un conseiller conjugal est si utile à des partenaires en crise. En effet le psychothérapeute leur rend le droit d’exprimer leurs fantasmes de haine, et donc aussi leurs fantasmes d’amour. Ils ont la permission de le haïr, car il entend et supporte l’agressivité en toute sérénité ; celle-ci peut donc s’exprimer librement, soit entre les conjoints, soit vis-à-vis de lui. Ils apprennent que leur haine ne l’effraie pas, et ne le tue pas. L’agressivité lui semble normale et utile.

 

 

Un second intérêt d’étudier l’interaction mère/enfant est que celle-ci aide à comprendre l’évolution de la vie amoureuse.

 

 

Le clivage entre le bon sein et le mauvais sein correspond, pour le couple, à la période où l’homme et la femme « tombent amoureux ». Les moments de fusion totale alternent avec des crises de colère. Les amoureux croient ne faire qu’un et exigent que leurs souhaits soient exaucés sans même avoir à les exprimer:

 

 

« Si tu m’aimais vraiment, tu aurais deviné que j’avais envie de… » « Pourquoi dois-je toujours te dire quand j’ai besoin que tu t’occupes de moi ? »

 

 

Le rapport à l’être aimé, comme celui à la mère, s’apparente alors à la toute-puissance magique, le langage étant même superflu. « Nous nous comprenons même sans nous parler. »

 

 

Puis la réalité du « défaut fondamental » va s’imposer. De même que l’enfant découvre qu’il n’est pas sa mère, que sa mère n’est pas lui, qu’il doit apprendre un langage pour exprimer ses désirs, de même je découvre que l’être aimé est autre, qu’il faut parler, communiquer avec lui, demander pour obtenir. Il faut se situer en Sujet désirant, dire JE.

 

 

La désillusion est dure. Il ne devine pas tout ! Je vais devoir surmonter les malentendus, m’exprimer clairement, écouter aussi ce qu’il me dit.

 

 

J’avais épousé ce qu’il me semblait être un « bon conjoint idéalisé ». Mais je dois accepter le fait que mon « conjoint réel » n’est pas « tout bon » (ni d’ailleurs « tout méchant »). L’être aimé à la fois me donne et me frustre, exactement comme le faisait ma mère.

 

 

J’aime une personne qui n’est pas parfaite et je l’accepte, sans sombrer dans la haine. « Ce n’est qu’au-delà de cette acceptation du réel que le plaisir et la satisfaction redeviennent possibles, car c’est en dernier ressort la résistance à la frustration qui conditionne notre aptitude au bonheur », dit Freud.

 

 

Je sais que notre lien amoureux inclut l’amour et la haine, la fusion et l’agressivité, et j’accepte cette ambivalence, car les bons moments où je revis l’extase de la fusion amoureuse (l’intimité sexuelle par exemple) sont plus intenses que les mauvais. C’est ce qui fait que dans mon couple les pulsions de vie, d’amour ont le dessus sur les pulsions de mort, de destruction.

 

 

Un couple mûrit lorsqu’il intègre ces réalités. Il perdure lorsqu’il apprend à passer continuellement de la fusion (sexuelle, affective…) à la distanciation, de la dépendance à l’autonomie et réciproquement. Car le désir renaît sans cesse du manque, et s’il n’y a pas de manque, si on est toujours ensemble, dans la fusion, le désir s’éteint.

 

 

Mais que se passe-t-il si le couple n’y parvient pas ? S’il m’est insupportable de découvrir que l’être aimé n’est pas le « conjoint idéalisé » que j’attendais ? Si de « tout bon », j’en suis venu à le considérer comme étant « tout mauvais » ? Si je n’arrive pas à passer du stade des clivages au stade de l’ambivalence ?

 

 

Alors il ne me reste plus que l’issue de la haine. Et si je ne pouvais pas changer de mère, par contre je peux changer de partenaire ! Je me sépare donc de lui, et je me remets en couple avec quelqu’un d’autre. Cette fois, c’est sûr, ce sera le bon ! Mais tôt ou tard le même problème se reposera avec lui, et avec d’autres encore éventuellement.

 

 

Ou alors, en nous disant « Ça va souder notre foyer», nous décidons d’avoir un enfant. En réalité nous transférons sur ce dernier cette quête de fusion parfaite, mais la venue d’un enfant n’a jamais fait passer un couple du stade infantile au stade adulte.

 

 

C’est un des rôles d’un conseiller conjugal ou d’un psychothérapeute que d’aider les époux à ne plus vivre d’images idéalisées, mais à accepter la réalité de l’autre tel qu’il est.

 

 

 

II.                LE CONFLIT ŒDIPIEN

 

 

 

A.                CE QU’IL EST

 

 

 

Il consiste en deux tendances interdépendantes, l’attachement érotique de l’enfant pour le parent du sexe opposé et l’hostilité pour le parent de même sexe.

 

 

Ce complexe, découvert par Freud, constitue une étape normale dans la croissance psychologique de l’enfant, il n’a rien de pathologique. C’est sa non-résolution qui peut le devenir ; nous verrons ce qui se passe lorsque les conjoints ne se sont pas détachés de leur père ou de leur mère.

 

 

Freud l’a appelé complexe d’Œdipe par référence à la mythologie grecque.

 

 

Fils de Laïos, roi de Thèbes, et de Jocaste, Œdipe est éloigné du palais paternel dès qu’un oracle apprend à ses parents qu’il tuera son père et épousera sa mère. Fuyant sa patrie pour échapper à la prédiction, il se querelle un jour avec un vieillard inconnu qu’il tue. C’était Laïos, son père. Arrivé à Thèbes, il sait répondre aux énigmes du Sphinx, terreur de la ville. En témoignage de gratitude, les habitants de Thèbes proclament Œdipe roi et Jocaste, sa mère, devient sa femme. Dans la tragédie de Sophocle, intitulée Œdipe roi, Jocaste se pend et Œdipe, fou de douleur, se crève les yeux et part errer sur les routes. Il a donc commis un parricide et l’inceste.

 

 

Avant trois-quatre ans, l’enfant vit essentiellement dans un rapport exclusif avec sa mère.

 

 

Mais vers la quatrième année, le garçon se prend d’un vif amour pour celle-ci (« Maman, c’est avec toi que je me marierai quand je serai grand ! »), et simultanément éprouve de l’agressivité à l’égard de son père, en qui il voit un rival heureux, et dont il admire et envie les qualités et la puissance. Inconsciemment, il souhaite sa mort, pour prendre sa place. Ce sentiment violent est assorti de la crainte que son père n’éprouve envers lui les mêmes désirs de mort, et d’une forte culpabilité.

 

 

Lorsque le conflit œdipien est bien vécu par le petit garçon et par les parents, il se résout de manière heureuse: il permet la découverte de l’identité sexuelle puisque le petit garçon, en rivalisant avec son père, accède à sa masculinité et découvre sa spécificité de petit mâle (possession du pénis comme papa). Il s’identifie au père et devient moins dépendant de sa mère.

La rivalité œdipienne cessera par le refoulement partiel des pulsions incestueuses, en interdisant à jamais la relation duelle avec la mère. Les parents doivent être attentifs à la crise qu’il traverse, et ne pas jouer l’ambivalence. Tout en restant affectueux, ils doivent affirmer que non, jamais, il n’épousera sa mère, que celle-ci est déjà mariée avec papa.

 

 

Si le conflit œdipien est mal vécu, le petit garçon reste attaché de manière excessive à sa mère, il demeure en rivalité avec le père et cherche à l’exclure de ses relations avec la mère. Il est fréquent que le père soit jaloux du fils, car il veut conserver sa femme rien qu’à lui tout seul.

 

 

On observe une situation symétrique chez la petite fille qui désire inconsciemment séduire son père. Le conflit œdipien lui permet de se découvrir différente de ce dernier ; elle va se rapprocher de sa mère et trouver son identité féminine à être comme maman.

 

 

Si le conflit œdipien se résout mal, la petite fille reste attachée de manière excessive à sa mère. Elle demeure en rivalité avec le père et cherche à l’exclure de ses relations avec la mère. Il est fréquent que celle-ci soit jalouse de sa fille et ne supporte pas qu’elle s’attache à une autre personne, même à son père.

 

 

En résumé, le complexe d’Œdipe est un rapport de forces affectif et sexuel au sein d’une famille. L’enfant en est à la fois sujet et enjeu. S’il reste prisonnier de l’attachement œdipien, il ne peut grandir et structurer son moi, car il demeure dans l’impossibilité de dépasser une relation duelle et exclusive. Il noue de ce fait une relation névrotique au parent de sexe opposé tout en éliminant le parent de même sexe qui est l’obstacle à sa passion amoureuse.

 

 

Une mauvaise résolution de l’Œdipe entraîne que l’enfant n’est plus sujet de son développement, mais un enjeu de séduction, de manipulation, d’autoritarisme ou de démission.

 

 

 

B.                LA RELATION TERNAIRE

 

 

 

Un autre intérêt du conflit œdipien auquel on pense moins souvent, c’est qu’il s’agit non plus d’une interaction à deux (mère-enfant), mais d’une interaction à trois: père, mère, enfant. Pour la première fois ce dernier prend conscience que son père et sa mère ont des relations entre eux, en dehors de lui. L’œdipe représente l’irruption de la réalité dans l’illusion fusionnelle mère/enfant.

 

 

L’introduction du troisième terme, l’importance de la relation ternaire, a été théorisée par Sartre. Renée Marti résume ainsi la pensée de ce philosophe: « L’adéquation de toute relation à deux à la réalité matérielle et sociale passe par l’introduction d’un troisième terme, médiateur et surtout garant du fait que la relation reste ancrée dans la réalité et ne va pas sombrer dans un délire à deux, dans un enkystement psychotique ou pervers. »

 

 

Toute relation à deux est amenée à intégrer un troisième terme ou à devenir perverse. Si une mère maintenait son enfant dans un attachement exclusif à elle seule, elle lui préparerait un avenir affectif difficile et à la limite en ferait un psychotique.

 

 

C’est le troisième terme qui empêche la dissolution de la personnalité dans celle de l’autre. Par exemple l’interaction professeur/élève suppose un objet qui soit un « médiat » de cette interaction: c’est la matière enseignée.

 

 

Le père a une fonction de séparation psychologique de l’enfant d’avec la mère. S’inspirant de l’appel de Dieu à Abraham, le psychanalyste Moussa Nabati imagine ce qu’un père pourrait dire à son enfant:

 

 

« Va, va pour toi seul, hors de ton pays et du ventre maternel où tu es comme au paradis béat, sans manque et sans besoin. Sors de là, envole-toi de tes propres ailes. Débrouille-toi pour gagner ton pain à la sueur de ton visage. Abandonne ta maman et trouve-toi une autre femme au prix de tes efforts et de ton travail. Des obstacles surgiront sur ton chemin. Tu seras seul, mais ma promesse t’accompagnera et tu les surmonteras, comme je l’ai fait moi et nos ancêtres bien avant moi et toi. Marche et deviens. »

 

 

La vie conjugale présente la même évolution que la vie de l’enfant: elle passe du deux au trois. Si lors du stade fusionnel, les amoureux vivent comme s’ils étaient seuls au monde, ils seront tôt ou tard rattrapés par le monde extérieur, la réalité, la société. Et même, ils éprouveront le besoin d’introduire un troisième terme entre eux deux: un enfant, un engagement social, religieux, un travail, etc. La parole peut aussi jouer le rôle de tiers dans le couple. Dans les premiers temps de leur amour, ils se comprennent sans parole, par les regards, les caresses et les étreintes. Mais bientôt ils comprennent la nécessité de communiquer par le langage.

 

 

Des amants qui n’atteignent pas ce stade de la réalité donnent une impression de malaise. Certains se séparent très vite après le mariage parce qu’ils sont déçus de devoir sortir du stade fusionnel et intégrer le fait que leur conjoint est tout à la fois un bon sein et un mauvais sein, et que le monde extérieur existe.

 

 

Notre société, par les romans, les films, les journaux, n’aide pas ceux qui s’aiment, car elle tend à imposer la vision névrotique du couple fusionnel replié sur lui-même, lieu secret de toutes les satisfactions émotionnelles. Le statut social du couple, pour être plus équilibrant et stabilisant, doit être intégré dans la réalité de la vie économique, et dans la continuité d’un lignage familial.

Un couple, ce n’est pas un je et un tu seuls l’un avec l’autre et coupés du monde qui les environne.

 

 

Nous avons déjà dit que le mariage, loin d’être une affaire privée, est un engagement social, proclamé publiquement, devant des témoins. « Ce n’est pas le couple qui dit qu’il est marié, ni quand il est marié, c’est la société », dit le philosophe protestant Paul Ricœur. On n’est donc un couple qu’en référence à un tiers. Les époux s’unissent non seulement l’un à l’autre, mais leur promesse publique les unit en tant que foyer à la société, donnant ainsi naissance à nouvelle cellule sociale.

 

 

Or une rupture s’est établie entre la société et les personnes, qui se traduit par un émiettement du tissu social, la perte du sens des relations entre les gens. De solidaires, nous sommes devenus solitaires. Bien que vivant dans une société dite de communication, le dialogue vrai, la rencontre, l’échange sont rares.

 

 

Notons qu’un conseiller conjugal ou un psychothérapeute va jouer le rôle du père lorsqu’il se trouve face à un tel ménage névrotiquement fusionnel: étant dans la réalité et non dans une fusion imaginaire, il représente pour eux cette troisième personne, qui ramène sans cesse à la réalité du monde, qui par la parole, les fait passer de l’imaginaire au symbolique. « Il peut être celui qui aide le couple à passer du stade de l’illusion fusionnelle au stade de la réalité. » (Renée Marti)

 

 

 

C.                LES CONSEQUENCES D’UN COMPLEXE D’ŒDIPE MAL RESOLU

 

 

 

Pour s’allier à l’être qu’on aime, et se relier à lui, il faut d’abord s’être délié de ses parents. Or certains amants ne se sont jamais déliés de leurs parents et ne peuvent pas s’allier ni se relier l’un à l’autre.

 

 

Si quelqu’un est resté accroché à l’un de ses parents, il transfère sur son partenaire les craintes, attentes et sentiments qu’il éprouvait jadis envers son père ou sa mère. Ne s’étant pas libéré d’un modèle de relation infantile, il continue à rechercher ce modèle dans la relation amoureuse: il vit ce que l’on appelle un amour névrotique.

 

 

Bien que chronologiquement adulte, il est resté un enfant sur le plan affectif. Bien entendu, cela crée de nombreuses tensions et des malentendus dans le foyer parce que derrière une parole ou un geste anodin se projette le souvenir du père ou de la mère auquel il reste lié par la peur ou la rancune, le mépris ou la haine, ou au contraire une affection excessive.

 

 

« Un nombre incalculable de fantômes du passé peuplent nos chambres à coucher. Hommes et femmes doivent lutter pour ne pas sombrer dans l’archaïsme de relations mère/fils et père/fille qu’ils ont tendance à reproduire dans leur couple », écrit Guy Corneau.

 

 

Il faut parfois oser se poser la question: combien sommes-nous dans notre lit conjugal ? Deux seulement ? ou bien trois, quatre, cinq ou six (si l’on compte, outre les deux conjoints, le souvenir du père, de la mère, de la belle-mère, du beau-père…) ?

 

 

Ce problème, extrêmement important, est évoqué dans le verset exposant le plan de Dieu au sujet du mariage (verset cité quatre fois: Genèse 2, Matthieu 19, Marc 10, Ephésiens 5):

 

 

« C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme et ils deviendront une seule chair. »

 

 

Pour que deux êtres s’attachent l’un à l’autre, ils doivent quitter leur père et leur mère, non seulement matériellement mais aussi psychologiquement. Cette séparation ne se fait pas en un jour mais se poursuit toute la vie: la tendance naturelle est de revenir vers son père ou sa mère lors de chaque crise personnelle ou conjugale.

 

 

Voici quelques situations les plus fréquentes de non-détachement des parents:

 

 

1.                  L’homme resté attaché de manière infantile à sa mère

 

 

Auprès de sa compagne il recherche la protection, l’amour inconditionnel, la chaleur que sa mère lui prodiguait ou, au contraire, qu’il aurait aimé recevoir de celle-ci. Sa relation manque de profondeur, son but étant d’être aimé, non d’aimer. Sa femme est nourricière mais plutôt autoritaire, souvent plus intelligente que lui. Elle choisit jusqu’à la couleur de ses chemises, et contrôle sa sexualité. Lui est content qu’elle prenne tout en main, d’ailleurs il l’a épousée pour cela. Il est soumis, faible de caractère, aime se faire dorloter. Il est pour la paix: elle donne les ordres et lui, il obéit. Il ne prend aucune responsabilité.

 

 

S’il a découvert l’objet de ses rêves, à savoir le sosie de sa mère, il se sent en sécurité, mais peut-on alors parler d’un couple épanoui ?

 

 

Mais si sa femme n’est pas sans cesse en train de l’admirer, si elle veut vivre sa vie en Sujet et désire elle aussi être aimée et protégée, il se sent profondément blessé et déçu. Alors il rationalise: elle est égoïste, elle ne m’aime pas.

 

 

Plusieurs indices dans la Bible semblent suggérer que ce fut le cas d’Isaac.

 

 

Remontons d’abord à ses parents. Malgré les leçons spirituelles bien connues que l’on peut tirer de la vie d’Abraham et de Sarah, avouons que l’histoire de ce ménage est loin d’être triste !

 

 

Abraham oblige Sara à l’appeler son frère et dit d’elle que c’est sa sœur (c’était d’ailleurs sa demi-sœur).

 

 

Sara l’appelle aussi mon Seigneur, très exactement mon Baal. Ce terme dénote une relation toujours infériorisante pour elle. Elle a, semble-t-il, peu d’occasions de l’appeler simplement mon mari ou mon chéri. Alors que le besoin premier d’une épouse est la sécurité, chaque fois qu’Abraham rencontre un problème, un danger, il ne trouve rien de mieux que d’imposer à sa femme d’avoir des relations sexuelles, que ce soit avec le Pharaon (Genèse 12.18) ou avec Abimélec (Genèse 20.2).

 

 

Il n’est pas étonnant que Sara refuse, sans doute de manière inconsciente, d’avoir un enfant d’un homme aussi insécurisant, et qu’elle somatise et affirme dans son corps son désir d’être reconnue, en étant stérile. Elle est si sûre que c’est elle qui est stérile qu’elle le fait vérifier à son mari en le poussant à avoir un enfant avec sa servante Agar.

 

 

Dès que Isaac, le fils promis, naît (le miracle de sa naissance montre que Sarah n’avait aucune malformation physique l’empêchant d’enfanter), il est accaparé par sa mère qui reporte sur lui tout l’amour dont elle est frustrée. Son insécurité personnelle fait qu’elle l’élève en le protégeant de tout: il sera tout sauf un homme d’action et fuira sans cesse les conflits. Il est incapable de chercher lui-même une femme et c’est Abraham qui doit en prendre l’initiative, quand il réalise qu’il est encore célibataire à quarante ans.

 

 

Ce n’est que trois ans après la mort de Sara (âgée de 127 ans !) qu’Isaac se marie enfin avec une jeune fille… de la famille de sa mère. C’est dans la tente de sa mère (!) qu’il conduit sa jeune épouse et Genèse 24.66 précise: « ainsi fut consolé Isaac de la mort de sa mère. »

 

 

On imagine les problèmes de ce nouveau couple dans lequel Rebecca ne sert qu’à remplacer Sara dans le cœur d’Isaac. Elle aussi va rester stérile, pendant vingt ans. Et Isaac usera du même procédé que son père: face à un autre Abimélec, il dira de Rebecca qu’elle est sa sœur (Genèse 26.7). Nous verrons plus loin les répercussions que ce comportement a eues sur Jacob, leur fils.

 

 

2.                  L’homme resté attaché à son père

 

 

Sa mère était froide et distante et le fils s’est attaché de manière excessive à son père. Le but de son existence sera de lui plaire, de gagner son estime. Avec sa compagne il reste distant, légèrement méprisant, il la traite avec une sollicitude paternelle. Celle-ci est déçue lorsqu’elle réalise qu’elle ne joue dans sa vie qu’un rôle marginal, son compagnon restant affectivement lié à son père ou à tout autre substitut paternel.

 

 

Ce fut peut-être le cas de Salomon.

 

 

Sa mère, Bath-Scheba, n’avait pas dans le palais la réputation d’une femme vertueuse: quand David était allé la chercher, elle « était venue vers lui » (2 Samuel 11) librement et avait plus que consenti à l’adultère. Elle n’était pas non plus innocente dans la mort de son mari Urie.

 

 

Elle n’a donc communiqué à son fils Salomon qu’une image négative de la femme et de la fidélité conjugale. Ce qui explique qu’il épousa la fille de Pharaon, chose que Dieu interdisait. En cela il imitait la désobéissance de ses parents, et il alla même plus loin que son père dans la rébellion puisqu’il eut, étant roi, un harem d’environ mille femmes. Salomon souffrait-il d’un complexed’Œdipe mal résolu ?

 

 

Comme un enfant a besoin malgré tout d’un modèle parental, Salomon resta fixé sur le modèle de son père David, représentant l’ordre et l’autorité. Il accomplit en Israël un extraordinaire travail d’organisation administrative, religieuse et militaire, mais ses femmes non seulement ne lui apportèrent pas l’amour mais détournèrent son cœur de Dieu.

 

 

3.                  L’homme craignait son père qui était dominateur

 

 

Il n’osait pas défier ce dictateur. Il s’est alors identifié à sa mère qu’il « défendait » contre son mari. Une fois marié, il se comporte vis-à-vis de sa compagne comme un grand frère. Jacob par exemple complota contre son père Isaac, appuyé par sa mère Rebecca avec qui il vivait en parfaite symbiose. C’est dans le pays de sa mère qu’il s’enfuit devant la colère d’Esaü. Là, il épousa deux sœurs, incapable la nuit de ses noces de faire la distinction entre l’une et l’autre !

 

 

4.                  La femme a adulé son père, l’a materné

 

 

Elle sera alors une mère pour son mari. On retrouve ici la même problématique que dans le cas de l’homme resté attaché infantilement à sa mère.

 

 

Freud soutenait que pour qu’un mariage réussisse, il fallait que la femme développe des attitudes maternelles envers son mari. Certes, en un certain sens, on peut dire qu’une femme épouse un mari/père/fils, et qu’un homme épouse une femme/mère/fille. Beaucoup d’hommes aspirent secrètement à être maternés, la plupart du temps sans en être conscients. Leur propre mère était aux commandes, et dans notre société matriarcale, le phénomène ne fait que s’accentuer.

 

 

Un époux particulièrement passif ou immature réclamera cette forme d’amour de manière inconditionnelle. Il aura besoin d’une femme-mère et l’acceptera comme un dû. Ils vivront en symbiose, en complémentarité d’attentes, mais ne formeront évidemment pas un couple de deux sujets distincts.

 

 

Un homme plus indépendant, en revanche, n’appréciera pas du tout ce maternage qui lui semblera trop pesant, car ce qu’il veut, c’est une femme, une amante, et non une mère.

 

 

5.                  La femme a été frustrée d’amour paternel

 

 

Son père était souvent absent, ne la câlinait jamais, ne lui témoignait pas d’affection, mais s’intéressait cependant à elle en tant que « jolie poupée ». Elle va donc s’accepter comme objet de désir, objet sexuel de l’homme. Mais en même temps, elle va refuser et mépriser la sexualité et refouler ses sensations sexuelles, car elle n’a pu s’identifier à sa mère qui la considérait comme une « rivale », et éprouvait du ressentiment envers sa beauté.

 

 

Le cas est malheureusement très fréquent d’une fillette dont le père l’a abandonnée ou qui simplement ne lui a jamais manifesté d’affection, ne l’a jamais serrée dans ses bras, ou qui est mort. Cette jeune fille arrête de grandir sur les plans sexuel et affectif et deviendra une femme dont la maturité émotionnelle est en fait celle d’une enfant de dix, douze ou quinze ans.

 

 

Devenue adulte, elle est toujours une « petite fille » soumise, passive, fragile, qui recherche un substitut paternel. Généralement elle est séduisante, puisque c’est seulement en étant une « poupée » qu’elle parvenait à capter l’attention de son père.

 

 

Elle épouse un homme qui pense pour elle, qui aime l’avoir à ses côtés dans un rôle de figurante: « Sois belle et tais-toi ». Il risque de ne pas apprécier du tout qu’elle conquière son autonomie car alors il perd le pouvoir (y compris sexuel) qu’il avait sur cette femme-enfant.

 

 

6.                  La femme a vu son père comme un frère faible

 

 

Sa mère était ambitieuse, dominatrice et agressive. Son père était faible, ou simple. Elle a senti qu’il avait besoin d’aide et lui a accordé une sympathie « fraternelle ». Consciemment, elle s’identifie à son père passif, mais inconsciemment elle s’identifie à sa mère dominante. Elle choisira un conjoint inférieur à elle sur le plan intellectuel ou professionnel, et le traitera comme un frère faible, un compagnon inférieur, elle sera « sa sœur ». Sa sexualité sera « fraternelle » et non conjugale.

 

 

7.                  La femme a souffert de voir son père dominé par son épouse

 

 

Cette mère dominatrice le réduisait au silence. La jeune fille a toujours ressenti de la compassion pour son père et a eu besoin de se dévouer pour lui. Elle cherchera à sauver tout le monde et aura une profession de soignante ou de travailleuse sociale. Elle épousera un homme handicapé, alcoolique, drogué, délinquant, endetté ou déprimé, qu’elle cherchera aussi à sauver. Si elle n’y parvient pas, elle devient Persécuteur, méprisante envers lui et vindicative.

 

 

« La relation finale qu’adopte une femme envers son conjoint, dit Tordjman, relève de celle qu’elle a développée avec son père. On ne dira jamais assez le rôle du père dans le devenir sexuel et conjugal de sa fille. »

© Jacques et Claire Poujol, Conseillers Conjugaux et Familiaux. Pages extraites de leur livre «Vivre heureux en couple, comprendre et gérer les conflits de la vie quotidienne», Empreinte Temps Présent, 1999. Disponible sur le site de la librairie 7ici: http://www.librairie-7ici.com ou par mail 7ici@wanadoo.fr.

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